Projet

Réparer l'existant

Plasticités > La plasticité relationnelle > Réparer l'existant

Titre
20 PETITES LEÇONS D’ÉCONOMIE DE MATIÈRE
Chapitre 9 – Panser avec soin (Réparer l’existant)

Auteur
Vincent Laureau & Victor Meesters

Edition
Wild Project, janvier 2026
Publication dans les Carnets du Réemploi de A'A, juin-juillet 2022

Projets & Designer(s)
Astley Castle - Witherford Watson Mann Architects
Kolumba Museum - Peter Zumthor
Caritas Psychiatric Centre - Vylder Vinck Taillieu (aDVVT)
Museum für Naturkunde - Diener & Diener Architekten
Jardín Botánico de Santa Catalina - Isuuru Arquitectos
Vase Ruhlmann n°3 - Atelier CRAFT
Réanim - Studio 5.5

Localisation
Allemagne
Belgique
Espagne
Royaume-Uni

Rédaction
Capucine Lebrun

Plasticités > La plasticité relationnelle > Réparer l'existant

Titre
20 PETITES LEÇONS D’ÉCONOMIE DE MATIÈRE
Chapitre 9 – Panser avec soin (Réparer l’existant)

Auteur
Vincent Laureau & Victor Meesters

Edition
Wild Project, janvier 2026
Publication dans les Carnets du Réemploi de A'A, juin-juillet 2022

Projets & Designer(s)
Astley Castle - Witherford Watson Mann Architects
Kolumba Museum - Peter Zumthor
Caritas Psychiatric Centre - Vylder Vinck Taillieu (aDVVT)
Museum für Naturkunde - Diener & Diener Architekten
Jardín Botánico de Santa Catalina - Isuuru Arquitectos
Vase Ruhlmann n°3 - Atelier CRAFT
Réanim - Studio 5.5

Localisation
Allemagne
Belgique
Espagne
Royaume-Uni

Rédaction
Capucine Lebrun

Plasticités > La plasticité œconomique

> Réparer l'existant

Entre passé et présent : l'empreinte de la rénovation

Concernant la réparation, Boito affirmait en 1893 : « Les monuments architecturaux, lorsqu’il a été incontestablement démontré qu’il est nécessaire d’y porter la main, doivent être plutôt consolidés que réparés et plutôt réparés que restaurés. »

Dans une logique d’œconomie et de justesse d’intervention, il apparaît essentiel d’agir sur le bâti uniquement lorsque cela s’avère véritablement nécessaire, et non pour répondre à de simples considérations esthétiques ou superficielles. La distinction entre réparer et restaurer introduit en effet une approche esthétique spécifique de la réparation. À l’image de la pratique japonaise du kintsugi, l’enjeu de la réparation consiste à préserver la trace de la cassure et l’histoire de l’objet, en assumant son passé comme une composante visible de son identité. L'objet initial devient donc l'architecte de sa propre rénovation (l'œconomie du savoir-faire, ou du déjà-là).

Une telle démarche a notamment été expérimentée par l’atelier CRAFT lors de la réparation d’un vase Ruhlmann n°3 de la Manufacture de Sèvres, réalisée en partenariat avec le Mobilier National. Vincent Laureau et Victor Meesters évoquent également le projet Réanim du Studio 5.5. En choisissant de réparer de manière visible - plutôt que de dissimuler l’intervention dans une tentative de retour à l’identique, propre à la restauration - l’objet assume pleinement son histoire, ses altérations et les usages qui l’ont traversé. Il devient ainsi le support d’un récit plus riche et plus complet.

La rénovation reste tout de même pertinente dans certains cas comme celui de l'art. Pour un tableau de maître, par exemple, cette démarche se justifie : l’œuvre d’art se comprend dans son contexte historique tout en s’appréciant dans une dimension intemporelle. Il semble donc indispensable de rénover le tableau à l'identique, même si son format d'origine cache parfois des traces du passé (couches de peinture, ébauches recouvertes). L’architecture, en revanche, relève d’un art vivant. Elle s’inscrit dans un milieu habité et évolue avec lui. On l’habite dans un contexte donné, on l’éprouve dans un temps précis : un temps façonné par le passé, vécu dans le présent et projeté vers le futur.

Boito poursuit d’ailleurs : « Les adjonctions ou rénovations devront être effectuées dans un style différent de celui du monument, en prenant bien garde à ce que les formes nouvelles ne jurent pas trop avec la perspective d’ensemble quant à la dimension artistique. »

La réparation peut ainsi être envisagée comme un acte de design. Elle doit répondre à des usages contemporains évidemment, mais doivent-ils être alignés avec les usages de l'époque ? Et si ces usages passés ne correspondaient plus aux volontés présentes ? Selon le programme souhaité, la réparation répondra toujours à des usages, qui parfois pourront dépasser le domaine de décision de l'architecte. Malgré cela, la réparation engage également une réflexion esthétique propre au studio créatif. Certains architectes choisissent alors de révéler plus ou moins explicitement les traces du passé, lesquelles, une fois fixées par leur intervention, deviennent de véritables empreintes temporelles. Vincent Laureau et Victor Meesters qualifient cette approche d’« esthétique de la réparation ».

Pour illustrer cette idée, les deux architectes présentent notamment le projet Astley Castle (2012), conçu par l’agence britannique Witherford Watson Mann Architects au Royaume-Uni. L’intervention consiste à insérer une maison contemporaine au sein des ruines d’un ancien château de pierre. Gravement endommagé par un incendie puis abandonné durant plusieurs décennies, l’édifice ne conservait plus que certains fragments de ses façades. Le projet architectural s’appuie alors sur ces vestiges, tant sur le plan technique qu’esthétique : les nouvelles structures prolongent les murs existants et dialoguent avec les briques anciennes, créant une continuité assumée entre ruine et architecture contemporaine.

Mais quel est le coût - au sens large - de la réparation, comparée à une reconstruction complète ou à une rénovation conventionnelle ? Le coût écologique semble clairement être moindre, si les ambitions, les origines des matériaux et le programme sont raisonnables. Concernant le coût économique, réparer suppose l’ouverture d’une nouvelle phase de conception, mobilisant une créativité spécifique de la part du designer ou de l’architecte. Dans le cas des objets, il ne s’agit plus seulement d’artisanat ; dans celui de l’architecture, l’intervention dépasse la simple logique de maîtrise d'œuvre. Il devient nécessaire de comprendre le projet d’origine afin de proposer une réparation juste : quelle mémoire le lieu porte-t-il ? Quelles matières subsistent encore et doivent être conservées, transformées ou détournées ? Cette démarche exige également de prendre le temps d’une analyse approfondie du programme afin que le passé du bâti puisse dialoguer avec les exigences du présent. Il s’agit de confronter l’existant aux usages contemporains : quelles fonctions souhaite-t-on introduire ? L’architecture héritée peut-elle réellement les accueillir ? Par exemple, est-il possible d’y intégrer des dispositifs d’accessibilité, notamment pour les personnes à mobilité réduite ou d'avoir une bonne isolation sont détériorer l'aspect ?

Laureau et Meesters citent plusieurs autres projets contemporains - notamment dans le domaine public - qui illustrent cette approche : le centre psychiatrique PC Caritas (2017) conçu par De Vylder Vinck Taillieu, le musée Kolumba Museum réalisé par Peter Zumthor (2007), l’extension du Museum für Naturkunde par Diener & Diener Architekten (1995-2010), le Jardín Botánico de Santa Catalina conçu par Isuuru Arquitectos (2013), S(ch)austall (2011) de Martin Naumann ou encore Ruins Studio par Lily Jencks Studio et Nathanael Dorent Architecture en France (2016).