Projet

Vestiges

Plasticités > La plasticité relationnelle > Vestiges

Titre
Vestiges

Designer.es
Martin Caillault

Type de projet
Projet de diplôme
Strate, école de design

Date
2024

Plasticités > La plasticité relationnelle > Vestiges

Titre
Vestiges

Designer.es
Martin Caillault

Type de projet
Projet de diplôme
Strate, école de design

Date
2024

PlastiCités > La plasticité œconomique

> Vestiges

Comment repenser le confort en altitude permet de changer notre rapport à la montagne?
Des paysages en transition

Vestiges prend appui sur une transformation progressive mais irréversible des paysages de montagne. Le recul de la neige et des pratiques associées à grande échelle laisse apparaître une multitude de structures devenues inadéquates : télésièges, pylônes et gares d’altitude, conçus pour un usage intensif et saisonnier, désormais en décalage avec les réalités climatiques contemporaines. Ces infrastructures, situées au-delà de 1 500 mètres d’altitude, incarnent un modèle touristique fondé sur la performance, l’aménagement et l’exploitation continue du territoire.

Aujourd’hui privées de leur fonction initiale, elles ne disparaissent pas pour autant. Elles persistent dans le paysage, comme des formes résiduelles, témoins matériels d’un système arrivé à saturation. Faute de moyens ou de solutions adaptées, leur démantèlement total reste souvent impossible. Vestiges choisit alors de considérer ces restes non comme des échecs à effacer, mais comme une matière disponible, ouverte à de nouvelles interprétations.

Transformer la ruine en halte

Plutôt que de figer ces infrastructures dans le statut de ruines, le projet propose de les rendre à nouveau opérantes. Vestiges transforme une ancienne gare de télésiège abandonnée en abri minimaliste pour randonneurs. Ce geste ne cherche ni à restaurer l’existant ni à le masquer, mais à activer sa capacité de transformation.

La structure d’origine est conservée comme support, socle et mémoire du lieu. Quelques interventions ciblées viennent en modifier l’usage : des panneaux de bois légers pour se protéger du vent et de la pluie, un toit étanche, un escalier permettant d’accéder à la toiture et d’ouvrir un rapport direct au paysage. Ces ajouts ne surdéterminent pas la forme ; ils accompagnent une bascule d’usage, du transport mécanisé vers la halte, du flux vers la pause.

Le réemploi comme principe de plasticité

À l’intérieur, les banquettes de télésiège sont réemployées pour créer deux niveaux de couchage. Elles deviennent supports pour dormir, s’asseoir, ranger ou suspendre les vêtements. Un petit poêle assure une chaleur minimale, suffisante pour un usage ponctuel et autonome. L’abri ne fournit ni équipement ni confort superflu : il s’adresse à des randonneurs capables d’adapter leurs pratiques, venant avec leur propre matériel et leur nourriture.

Loin d’un objet figé, l’abri est pensé comme un dispositif plastique, susceptible d’évoluer, de se transformer, de se dégrader aussi. Il accepte le vieillissement, l’appropriation et les usages imprévus. Sa sobriété n’est pas une limite, mais une condition de son adaptabilité dans le temps.

Accompagner plutôt que remplacer

Vestiges s’inscrit dans une réflexion plus large sur la transition des territoires alpins. Face au déclin des pratiques de sport d'hiver, le projet ne propose ni nostalgie ni solution technologique de substitution. Il explore une autre voie : faire avec l’existant, accompagner les transformations plutôt que les précipiter, transformer les usages plutôt que les infrastructures. L’abri devient alors un repère discret dans le paysage, une récompense après l’effort, mais aussi un récit ouvert : celui d’un territoire en mutation, capable de réorienter ses formes sans les effacer.

En faisant d’une infrastructure obsolète un lieu d’accueil simple et humain, Vestiges affirme une approche plastique du projet architectural, attentive aux temporalités, aux usages et à l’histoire matérielle des lieux.