Projet

Politismos

Plasticités > La plasticité relationnelle > Politismos

Titre
Politismos

Designer.es
Antoine Karras

Type de projet
Projet de diplôme
Strate, école de design

Projet sélectionné pour la Milan Design Week 2026

Date
2025

Rédaction
Capucine Lebrun

Plasticités > La plasticité relationnelle > Politismos

Titre
Politismos

Designer.es
Antoine Karras

Type de projet
Projet de diplôme
Strate, école de design

Projet sélectionné pour la Milan Design Week 2026

Date
2025

Rédaction
Capucine Lebrun

Plasticités > La plasticité relationnelle

> Politismos

Habiter autrement un pays vitrine
Révéler la culture populaire comme espace de relation

Sous l’effet du tourisme de masse, les cultures locales tendent à se figer dans des images simplifiées d’elles-mêmes. En Grèce, l’Antiquité et les paysages méditerranéens composent une vitrine mondiale qui façonne un récit stable et séduisant, mais qui masque souvent la vitalité de la culture populaire contemporaine.

Pourtant, derrière cette représentation patrimoniale se déploie un tissu social vivant. Dans les quartiers, dans les commerces, dans les pratiques du quotidien, une culture faite de métissages, de mémoires et de résistances continue de se transmettre. Elle ne s’expose pas toujours dans les circuits touristiques ; elle se vit dans les interstices de la ville, dans les espaces communs où les habitants se croisent, échangent et cohabitent.

Dans ce contexte, le rôle du design ne consiste pas seulement à valoriser un patrimoine culturel : il peut aussi contribuer à redessiner les contours d’un corps social, en révélant les lieux et les situations où la relation entre habitants se fabrique.

La question devient alors :
comment révéler la pluralité de la culture populaire grecque tout en renforçant les espaces où elle se partage et se transforme ?

La culture populaire comme levier d’ancrage social

L’accès à la culture populaire locale constitue un enjeu essentiel pour maintenir un sentiment d’appartenance et d’ancrage dans les territoires. Lorsque les récits dominants homogénéisent les identités, les pratiques culturelles du quotidien deviennent des ressources précieuses pour maintenir des formes de reconnaissance mutuelle.

Dans cette optique, le projet suggère de concevoir la culture populaire non pas seulement comme un héritage à conserver, mais comme un espace relationnel commun. Un espace où les habitants peuvent reconnaître leurs histoires, leurs gestes et leurs savoir-faire, et où les nouvelles générations peuvent s’identifier à un territoire vivant.

L’objectif est donc de favoriser la mise en relation entre habitants, artistes, commerçants, associations et lieux du quotidien afin de faire émerger un programme culturel alternatif, co-construit avec les acteurs locaux.

Ce programme vise à redonner de l’épaisseur aux expériences ordinaires de la ville : revisiter son environnement, partager des récits, créer des situations de rencontre. Autrement dit, il s’agit de réactiver la dimension sociale et relationnelle des espaces urbains.

Explorer la culture vécue d’un quartier

Le projet Politismos prend forme à Kypseli, quartier multiculturel situé à Athènes. Historiquement marqué par les migrations et la diversité sociale, ce territoire constitue un terrain privilégié pour observer les dynamiques de cohabitation et les formes de culture populaire qui s’y développent.

Politismos propose un dispositif d’exploration urbaine permettant de révéler les lieux, les pratiques et les présences qui composent la culture vécue du quartier.

L’enjeu n’est pas uniquement de cartographier des points d’intérêt, mais de mettre en relation les habitants, les lieux et les usages afin de faire émerger une mémoire vivante du territoire.

En reliant des espaces souvent invisibilisés - commerces, ateliers, friches urbaines, lieux de sociabilité - le projet cherche à réactiver la vie de quartier dans ces interstices où la relation sociale se fabrique au quotidien.

Le déploiement du dispositif s’organise en plusieurs étapes, dont la première consiste à identifier et relier les points de culture locale à travers une cartographie collaborative et des parcours urbains alternatifs.

Cartographier les relations culturelles

La carte constitue un premier outil de lecture du quartier. Co-conçue avec les habitants, elle met en lumière les acteurs culturels et les lieux emblématiques de Kypseli à travers sept catégories :

  • Fabriques d’icônes : figures locales, mémoires vivantes ou lieux devenus repères collectifs

  • À la croisée des saveurs : la gastronomie comme récit des origines multiples du quartier

  • Fabriques collectives : ateliers et lieux où les savoir-faire façonnent la ville

  • Totems métropolitains : traces d’époques passées et témoins d’une mémoire urbaine

  • Récits du vivant : espaces où la nature en ville révèle d’autres manières d’habiter

  • À hauteur d’enfants : lieux observés et pratiqués par les générations futures

  • L’envers du décor : tensions invisibles et récits critiques du territoire

Cette cartographie ne constitue pas seulement un inventaire culturel : elle permet de révéler les relations entre les habitants et leurs espaces de vie.

Parcourir la ville autrement

Ces lieux sont activés par une seconde grille de lecture : des parcours urbains présentés sous forme de calques superposés à la carte. Chaque tracé révèle une dimension particulière du quartier.

  • La surface tangible met en évidence les architectures remarquables et les expressions artistiques visibles, comme le street art.

  • Les histoires gravées explorent les espaces du quotidien : zones résidentielles, axes vivants, trajets familiers.

  • Les interstices perdus invitent à découvrir les friches, les marges urbaines et les espaces naturels oubliés.

  • Ancrage et bascule révèle les zones de transformation rapide et les tensions liées à la gentrification.

Ces parcours proposent une lecture sensible du territoire et encouragent une exploration collective de la ville, révélant les lieux où la relation sociale se déploie ou se fragilise.

Activer les espaces communs

L’expérience de Politismos ne se limite pas à la carte : elle prend corps dans l’espace public à travers l’installation de mobilier urbain et de dispositifs de signalétique.

Implantées dans les interstices urbains, ces structures transforment des zones de simple passage en espaces de pause, de rencontre et d’observation.

En signalant ces lieux informels, elles invitent les habitants à ralentir, à s’arrêter, à échanger. Les friches, les marges ou les espaces résiduels cessent alors d’être perçus comme des vides urbains : ils deviennent des espaces communs à habiter.

Ces interventions matérielles contribuent ainsi à légitimer les lieux de sociabilité du quotidien et à renforcer la visibilité des acteurs culturels locaux.

Vers une plasticité relationnelle du quartier

En révélant les interstices culturels et sociaux de Kypseli, Politismos participe à une approche de plasticité relationnelle de la ville.

La plasticité relationnelle s’intéresse aux espaces où se fabrique le lien social : ces sas entre le privé et le public où les habitants se croisent, se reconnaissent ou s’évitent. Ce sont ces espaces communs - parfois discrets, parfois informels - qui permettent à une société urbaine d’exister.

En activant les marges du quartier et en révélant ses récits invisibles, le projet cherche ainsi à redonner aux habitants la capacité d’habiter collectivement leur territoire.

Les passants ne sont plus seulement des usagers de la ville : ils deviennent des habitants engagés dans une expérience partagée de l’espace.

Car au-delà des infrastructures et des programmes culturels, ce qui fait réellement lien dans un territoire reste le vivant :
le vivant des relations, des pratiques et des histoires qui continuent de tisser la ville au quotidien.