Projet
Pavillon Circulaire
Le premier manifeste du réemploi à échelle d'architecture, face à l'Hôtel de Ville de Paris. Un exemple de possibilité d'institutionnalisation d'une forme d'œconomie.
Un manifeste posé sur le parvis
Installé sur la place de l’Hôtel de Ville de Paris à l’occasion de la COP21, le Pavillon Circulaire, conçu par Encore Heureux Architectes, s’impose comme le premier manifeste construit du réemploi à cette échelle symbolique. Petite construction singulière, le pavillon n’a pourtant rien de circulaire dans sa forme. Son nom renvoie moins à une géométrie qu’à un processus de fabrication, directement issu des principes de l’économie circulaire : les déchets des uns deviennent les ressources des autres.
Implanté au cœur du pouvoir municipal, dans un espace hautement représentatif, le pavillon agit comme un signal politique autant qu’architectural. Il rend visible une autre manière de construire, à contre-courant des logiques extractivistes dominantes, en affirmant que la matière déjà-là constitue un gisement à part entière.
Construire avec ce qui existe déjà
Le Pavillon Circulaire est à la fois un lieu d’exposition et une expérimentation architecturale à échelle une, entièrement pensée autour du réemploi de matériaux de construction. Près de 60 % des matériaux mis en œuvre ont déjà eu une première vie, faisant du projet un assemblage conscient d’histoires matérielles hétérogènes.
La façade est composée de 180 portes en bois, issues de la réhabilitation d’un immeuble de logements. L’isolation intérieure en laine de roche provient de la dépose de la toiture d’un supermarché. La structure bois est constituée des restes d’un chantier de maison de retraite. Sols et murs sont réalisés à partir d’anciens panneaux d’exposition, tandis que le caillebotis de la terrasse extérieure est issu de l’opération Paris-Plage.
Le mobilier prolonge cette logique : cinquante chaises en bois, collectées dans les déchetteries parisiennes, ont été réparées puis repeintes, et les grandes suspensions lumineuses proviennent des stocks d’éclairage public. Chaque élément raconte ainsi une provenance, un usage antérieur, une trajectoire détournée.
Une économie du projet fondée sur le faire avec
Au-delà de l’objet architectural, le Pavillon Circulaire interroge profondément l’organisation du chantier et la répartition des savoir-faire. Hormis la charpente et l’étanchéité, l’ensemble du second œuvre a été réalisé en régie, par les ateliers des services techniques de la Ville de Paris. Ce choix valorise des compétences souvent invisibilisées et démontre que le réemploi repose autant sur des savoir-faire humains que sur des ressources matérielles.
Le projet met ainsi en lumière une autre économie de la construction : une économie du faire avec, attentive aux stocks existants, aux filières locales, aux capacités d’adaptation et à l’intelligence collective. L’architecture cesse d’être une production standardisée pour devenir un assemblage situé, dépendant de contextes, de temporalités et de coopérations multiples.
Rendre visible la matière et ses cycles
En exposant sans les masquer les matériaux réemployés, le Pavillon Circulaire rend lisible la chaîne de transformation de la matière. Il ne cherche ni à effacer les traces du passé, ni à produire une esthétique de la pénurie, mais à assumer une architecture sobre, narrative et pédagogique.
Sur le parvis de l’Hôtel de Ville, ce pavillon temporaire agit comme une démonstration concrète : le réemploi n’est ni une contrainte ni un geste marginal, mais un levier de transformation écologique, politique et culturelle de l’acte de construire. En cela, le Pavillon Circulaire ne se contente pas d’abriter un discours - il fait projet par sa propre matérialité, et inscrit le réemploi comme une pratique crédible et désirable de la fabrique urbaine contemporaine.











