Projet
Forensic Architecture
Le numérique pour améliorer la justice, la connaissance et la politique.
Forensic Architecture est une agence de recherche indépendante fondée en 2010, basée à Goldsmiths, University of London. À la croisée de l’architecture, des sciences sociales, de l’investigation journalistique, des technologies numériques et du droit international, Forensic Architecture développe des méthodes inédites pour enquêter sur des violations des droits humains, des violences d’État et des crimes environnementaux.
Le collectif est composé d’architectes, de designers, de chercheurs, d’artistes, de développeurs, de journalistes et de scientifiques. Ensemble, ils conçoivent des enquêtes spatiales fondées sur l’analyse critique d’images, de données, de témoignages et de traces matérielles. L’architecture y est comprise non comme un art de construire, mais comme une pratique d’analyse, capable de reconstituer des événements complexes à partir de leurs empreintes spatiales et médiatiques.
Pour qui travaillent-ils ?
Forensic Architecture mène ses investigations en collaboration avec des organisations de défense des droits humains, des collectifs militants, des ONG, des journalistes, des avocats et des communautés affectées. Leurs enquêtes sont produites à la demande (ou en soutien) d’acteurs engagés dans des procédures judiciaires, des campagnes de plaidoyer ou des actions de visibilité publique.
Ils travaillent notamment avec Amnesty International, Human Rights Watch, des organisations locales et internationales, ainsi qu’avec des institutions culturelles et académiques, tout en conservant une indépendance critique vis-à-vis des pouvoirs étatiques et économiques.
Pourquoi : produire des preuves là où elles manquent ?
Forensic Architecture intervient là où les mécanismes traditionnels de preuve sont défaillants, absents ou volontairement obscurcis. Dans des contextes de guerre, de répression policière, de frontières militarisées ou de destruction environnementale, les faits sont souvent fragmentaires, contestés ou invisibilisés.
Leur travail consiste à produire des preuves à partir de fragments : vidéos amateurs, images satellites, sons, témoignages, archives ouvertes, données climatiques ou traces matérielles. Ces éléments sont croisés, modélisés et mis en relation afin de reconstruire des événements dans l’espace et le temps, et de rendre lisibles des violences souvent niées ou dissimulées.
Technologie, design et responsabilité
Les outils mobilisés par Forensic Architecture - modélisation 3D, intelligence artificielle, cartographie, analyse acoustique, données environnementales - sont majoritairement issus de sphères militaires, sécuritaires ou industrielles. Leur démarche consiste à détourner ces technologies, à les rendre explicables et à les reprogrammer comme instruments d’enquête critique.
Le design et l’architecture deviennent ainsi des leviers de transformation des outils de pouvoir, inscrivant la technologie dans une logique de responsabilité politique et sociale.
Participation aux procès et aux instances juridiques
Les enquêtes de Forensic Architecture ont été admises comme éléments de preuve dans de nombreuses juridictions à travers le monde, notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Grèce, en Israël, au Guatemala et en Colombie. Plusieurs dossiers ont été soumis à la Cour pénale internationale, présentés devant la Cour européenne des droits de l’homme et à l’Assemblée générale des Nations unies.
Au-delà de la production de preuves, Forensic Architecture contribue activement à l’évolution des cadres juridiques contemporains. Son directeur, Eyal Weizman, est membre du Technology Advisory Board de la Cour pénale internationale, où il participe à la définition des usages émergents des preuves issues des nouveaux médias dans les procédures judiciaires.
Entre enquête, exposition et débat public
Les travaux de Forensic Architecture circulent simultanément dans les sphères juridiques, médiatiques et culturelles. Leurs enquêtes sont présentées dans des musées, des biennales, des publications académiques et des plateformes numériques, non comme des objets esthétiques autonomes, mais comme des dispositifs de débat public.
Cette circulation volontairement multiple permet d’élargir l’impact des enquêtes, de rendre les méthodes transparentes et de soumettre les preuves à la critique collective.











