Projet
Mâchefers
La cendre, une alternative aux plastiques synthétiques
Les déchets comme héritage contemporain
Projet de diplôme de Marie Channac, ce travail part d’un constat massif mais largement invisibilisé : nos sociétés produisent des quantités colossales de déchets, dont une grande partie est incinérée. De ce processus restent les mâchefers, résidus minéraux issus de la combustion des ordures ménagères, omniprésents mais rarement considérés autrement que comme un sous-produit technique.
Le projet pose alors une question centrale : que racontent ces matières rejetées de nos modes de vie, de nos consommations et de notre rapport au sol ? Les mâchefers deviennent ici une trace matérielle de notre mémoire collective, un héritage contemporain enfoui.
Rendre visible une matière cachée
À travers une enquête sur les sites d’incinération (notamment ceux du SYCTOM), le projet met en lumière l’ampleur de cette production et le paradoxe économique qui l’entoure : des tonnes de matière produites en continu, à très faible valeur marchande, mais à fort potentiel de transformation.
Marie Channac s’attache à nommer, qualifier et rendre lisible cette matière, en interrogeant son vocabulaire, sa composition et ses usages actuels. En révélant les métaux, les cendres et les fragments qui composent les mâchefers, le projet transforme un déchet abstrait en matériau identifiable.
Expérimenter de nouveaux composites
Le cœur du projet repose sur une démarche expérimentale : utiliser les mâchefers comme outil de conception, capable de générer de nouveaux composites. Par des tests, assemblages et protocoles de transformation, la matière devient support de recherche plutôt que simple résidu.
Cette approche déplace le regard : il ne s’agit plus de gérer un déchet, mais de composer avec lui, d’en explorer les propriétés physiques, esthétiques et structurelles. Le projet ouvre ainsi la voie à des usages alternatifs dans le champ du design, de l’architecture et de la construction.
Faire matière, faire mémoire
Au-delà de la recherche matérielle, le projet interroge notre rapport culturel aux déchets. En réinscrivant les mâchefers dans un cycle de transformation visible, il propose une autre lecture de l’économie circulaire : non pas seulement comme optimisation des flux, mais comme travail mémoriel sur ce que nous produisons et abandonnons.
Mâchefers affirme que la matière rejetée n’est jamais neutre. Elle est chargée de récits, de choix politiques et de modes de vie. En la replaçant au centre du projet, Marie Channac fait du design un outil critique, capable de révéler les strates invisibles de notre territoire contemporain.
















