Projet

Atelier CRAFT

Plasticités > La plasticité relationnelle > Atelier CRAFT

Designers
Atelier CRAFT

Type
Processus plastique de création de projet

Plasticités > La plasticité relationnelle > Atelier CRAFT

Designers
Atelier CRAFT

Type
Processus plastique de création de projet

PlastiCités > La plasticité œconomique

> Atelier CRAFT

Atelier CRAFT, un exemple de processus plastique : cycles, matières et temps
Une écologie de la circulation

Avec l’Atelier CRAFT,  la conception d’un projet commence toujours par l’inventaire de l’existant. Les ressources mobilisées proviennent de sources variées : réemploi, seconde main, emprunt, achat neuf ou stock interne de l’atelier. Le choix dépend toujours du projet, de son budget, de sa temporalité et de ses usages futurs potentiels.

Dès la phase de conception, les objets et structures sont dessinés pour être démontables, reconditionnables et réutilisables. Cette anticipation permet d’envisager des scénarios multiples : réemploi dans un autre projet, retour chez le client, stockage temporaire, transformation en mobilier ou location pour un usage éphémère.

Une esthétique du processus 

L’esthétique développée par l’Atelier CRAFT n’est pas fondée sur la répétition de formes signatures, mais sur la cohérence des processus. L’identité du projet réside davantage dans le récit, la méthode et la manière de faire, lisibles dans la forme finale. Comme ils le formulent eux-mêmes : « les clients nous appellent pour notre processus, à l’origine de notre esthétique ».

Peindre, coller ou transformer irréversiblement les matériaux est évité. Le choix se porte sur l’assemblage modulaire et l’utilisation de matières non transformées, ce qui donne une esthétique volontairement brute et technique. Cette démarche permet à la matière de circuler et être réappropriée sans porter les traces d’un projet passé. CRAFT privilégie ainsi des interventions légères et réversibles, afin de préserver le potentiel de réemploi des matériaux.

Les freins au réemploi 

Outre les freins réglementaires et légaux du réemploi - normes, certifications - le réemploi se heurte à des freins techniques. Comme ils le formulent eux-mêmes : « la filière du réemploi, ce n’est que de la logistique ». Décider de stocker implique en effet un coût réel :  financier, temporel et de moyens (matériel et humain). Par exemple, un matériau utilisé en 2021 est ainsi transporté (temps, moyen et finance), stocké (finance) puis réemployé en 2024 (coût généralement couvert par le budget du projet), puis le cycle peut recommencer.

Anticiper l’après : la propriété

Cette approche implique une remise en question de la notion de propriété. Le client peut bénéficier temporairement d’un objet ou d’une installation sans en être propriétaire à long terme. Le matériau devient alors un commun circulant, porteur de valeur d’usage, tandis que le client détient une propriété éphémère.

Selon les projets, l’atelier peut acheter du neuf, utiliser son stock, louer, emprunter ou travailler avec de la seconde main. Chaque choix engage une manière différente d’aborder le budget, la propriété et la responsabilité avec le client.

Un projet peut ainsi être acheté et stocké par le client, qui en aura la pleine propriété matérielle;  loué par CRAFT - comme la chaise DC Type B, le client en aura la propriété temporaire d'usage ; ou conçu à partir de matériaux prêtés par le client, qu’il choisira ensuite de récupérer ou donner. Dans ce dernier cas, la propriété est discutée en amont mais reste flexible au fil du projet. 

CRAFT considère les matériaux dans un cycle. Il sont assemblés, puis séparés, démontés, réutilisés au gré des projets et des univers grâce à des modifications mineures, créant ainsi une forme de propriété d'usage.

L’exemple de la chaise DC Type B

La chaise DC Type B conçue par l’Atelier CRAFT en est un exemple emblématique. Initialement dessinée pour un dîner privé orchestré par le chef étoilé Guillaume Sanchez, à la demande d’un groupe privé, l’Atelier CRAFT est sollicité pour créer une assise spécifique. L’événement se voulant unique et exceptionnel, les chaises devaient l’être tout autant.

Le souhait portait sur des pièces au design iconique et non générique. Le budget permettait soit la location de chaises déjà existantes soit la création de chaises sur-mesure. Cette seconde option a pu être envisagée grâce à l'emploi de matière issue d’un autre projet, permettant de compenser les contraintes budgétaires tout en atteignant un haut niveau de détail et de qualité de production.

La chaise est ainsi dessinée et produite en soixante exemplaires, puis installée pour la soirée. Stockées par la suite, elles connaissent plusieurs réactivations pour lesquels elles sont adaptées : pour Birkenstock (changement d’assise), Back Market (modification de la hauteur), ainsi que pour le projet Ambactos à l'occasion du Salon des Nouveaux Ensembliers organisé par les Manufactures Nationales.

La chaise DC Type B a vocation à être vendue à des particuliers, mais CRAFT souhaiterait en faire un objet accessible ce qui nécessite une révision des schémas économiques. Avec un coût initial élevé - dont environ 100 € de visserie - la location répétée permet d’amortir la fabrication, puis de diminuer progressivement le prix de vente. Une réflexion en cours, inscrite dans le temps long, qui illustre la méthode de CRAFT.

L’œconomie du bien commun

La matière devient ainsi un levier de plasticité économique, sociale et environnementale. Louer, prêter, mutualiser, reconditionner : ces pratiques permettent d’étendre le brief initial en proposant de nouvelles missions de réemploi à moindre coût pour le client et le studio, de répondre à plusieurs usages avec une même ressource et de rendre les projets plus résilients.

Ce processus, où la matière devient un bien partagé, interroge en profondeur les modèles classiques de production, de propriété et de valeur dans les pratiques du design et de l’architecture. Chez CRAFT, la plasticité est avant tout une perspective, de la matière et des usages.