Projet
Floating University
Et si apprendre la ville passait par vivre avec ses milieux plutôt que par les maîtriser ?
La Floating University Berlin, initiée par le collectif Raumlabor en 2018, est un projet expérimental installé sur un ancien bassin de rétention d’eau pluviale situé en bordure de l’aéroport de Tempelhof. Conçu comme un campus offshore temporaire, le projet explore de nouvelles manières de produire du savoir, de faire collectif et d’habiter des infrastructures urbaines marginales, à l’heure des transformations écologiques et sociales des villes.
Plutôt qu’un campus académique traditionnel, la Floating University fonctionne comme une plateforme ouverte d’apprentissage et d’expérimentation. Elle accueille des étudiant·es, enseignant·es, chercheur·ses, artistes, architectes, activistes et habitant·es autour de programmes hybrides mêlant ateliers, séminaires, performances, recherches appliquées et événements publics. Les savoirs ne sont pas transmis de manière descendante, mais co-produits à partir de situations concrètes, de débats et d’expériences partagées. Cette organisation confère au projet une plasticité relationnelle forte, fondée sur la rencontre, la porosité des disciplines et la capacité du lieu à accueillir des communautés temporaires et changeantes.
Cette plasticité relationnelle est indissociable de son ancrage environnemental. Le site de la Floating University est à la fois une infrastructure technique et un écosystème vivant. Le bassin de rétention, initialement conçu pour la gestion des eaux pluviales, est devenu un milieu habité par une biodiversité spontanée. Le projet ne cherche pas à effacer cette condition, mais à composer avec elle. Les constructions légères — passerelles, plateformes, salles de cours, cuisines, espaces de rassemblement — sont pensées comme des structures réversibles, capables de s’insérer dans le paysage sans le stabiliser ni le dominer.
La Floating University agit ainsi comme un laboratoire de coexistence entre humains et non-humains. L’eau, la végétation, les saisons et les cycles biologiques influencent directement les usages du site, les temporalités des programmes et les formes d’occupation. Le lieu devient un espace d’apprentissage situé, où les enjeux de gestion de l’eau, de climat, de résilience urbaine et de biodiversité sont expérimentés in situ, à travers des pratiques concrètes plutôt que des abstractions théoriques.
Le projet se distingue également par son inscription dans le temps long. Bien que temporaire par nature, la Floating University s’est développée sur plusieurs années comme une infrastructure relationnelle durable, capable d’évoluer, de se transformer et d’accueillir de nouvelles thématiques. Chaque saison réactive le lieu différemment, modifie les usages et reconfigure les relations entre les participant·es et l’environnement. Cette capacité à se transformer sans se figer constitue l’un des fondements de sa plasticité.
En articulant production de savoirs, pratiques collectives et attention portée aux milieux, la Floating University Berlin propose une autre manière de penser la transformation urbaine. Elle ne cherche ni à produire un modèle reproductible, ni à offrir une solution clé en main, mais à ouvrir un champ d’expérimentation, où les relations humaines et écologiques deviennent des matériaux de projet à part entière. Une architecture plastique, relationnelle et environnementale, qui fait du temporaire, de l’inachevé et de la coopération des leviers pour penser les villes en transition.



