Projet

M.E.G.A.

Plasticités > La plasticité relationnelle > M.E.G.A.

Titre
M.E.G.A. | 2021

Designer(s)
Souleimen Midouni et Simon Chaouat

Localisation
Chantiers du Grand Paris, Romainville

Photographie
Camille Lemonnier

Rédaction
Capucine Lebrun

Plasticités > La plasticité relationnelle > M.E.G.A.

Titre
M.E.G.A. | 2021

Designer(s)
Souleimen Midouni et Simon Chaouat

Localisation
Chantiers du Grand Paris, Romainville

Photographie
Camille Lemonnier

Rédaction
Capucine Lebrun

Plasticités > La plasticité œconomique

> M.E.G.A.

Maîtriser et valoriser les chantiers du Grand Paris
Du déblais à la plateforme de production

M.E.G.A. (Module d’Exploitation de Gisement Argilifère) est le projet de fin d’études de Simon Chaouat et Souleimen Midouni à l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs. Il constitue le point de départ d’une recherche qui se poursuivra ensuite au sein de Niveau Zéro Atelier.

Le projet naît d’une situation concrète : sur un chantier à Bagnolet, d’importants volumes d’argile verte sont excavés lors des travaux de fondation. Pour l’entreprise, cette matière est un déblais. Elle représente un coût d’évacuation et une contrainte géotechnique. M.E.G.A. propose d’en modifier le statut en créant une plateforme d’exploitation de cette argile directement sur le chantier.

Une plateforme plutôt qu’un objet

Le projet ne consiste pas uniquement à produire des pièces en argile. Il met en place un protocole de transformation in situ.

L’argile extraite est collectée, caractérisée, testée, puis transformée en éléments utiles au chantier et à l’architecture : caisses de rangement, poignées de porte, modules fonctionnels. Ces objets ne sont pas des sculptures annexes ; ils sont conçus pour être utilisés.

M.E.G.A. est ainsi à la fois un principe et un système opératoire :

  • identifier un gisement considéré comme déchet

  • organiser sa transformation sur place

  • produire des éléments fonctionnels intégrés au site

    Le projet devient manifeste par son mode d’action plus que par sa forme.

Décloisonner le chantier

La première activation a lieu à Bagnolet. L’accès au site est rendu possible grâce au chef de chantier, qui facilite l’intégration du projet dans un environnement fortement réglementé.

Un chantier actif impose des contraintes précises : règles de sécurité, autorisations d’intervention, coordination avec les entreprises, temporalité dépendante de l’avancement des travaux.

M.E.G.A. se développe dans ce cadre. Le projet ne cherche pas à neutraliser ces contraintes mais à les intégrer comme paramètres.

Après le diplôme, Simon Chaouat et Souleimen Midouni poursuivent l’expérimentation sur le chantier de la nouvelle agence des Ciguës, qui souhaitent activer leur propre site en cours de transformation. Ce second terrain permet d’élargir l’expérience.

Avec l’agence Ciguës, M.E.G.A. prend une dimension publique. Le chantier devient temporairement un lieu d’accueil pour des groupes scolaires et des visiteurs. Cette ouverture implique un important travail préparatoire : commission technique, balisage précis des zones accessibles, protocoles de sécurité renforcés, coordination avec un chantier restant actif pendant les ateliers. L’objectif est double. D’abord, expliquer le processus de transformation de la matière, de l’excavation à l’objet fini, puis décloisonner le chantier vis-à-vis de la rue et améliorer sa perception.

Le chantier n’est plus seulement perçu comme nuisance. Il devient un espace de production compréhensible, partagé, où les ouvriers sont intégrés au récit du projet.

Une pratique du faire

Simon et Souleimen développent une pratique fondée sur l’implication directe dans l’ensemble des phases d’un projet : extraction, transformation, mise en œuvre, usage.

Ils expérimentent en situation réelle et font face aux contraintes techniques, réglementaires et matérielles. Cette approche suppose de comprendre chaque étape pour pouvoir en améliorer certaines parties.

Pour M.E.G.A., un protocole de recherche est mis en place avec des profils variés : chercheurs, géographes, urbanistes, géologues, mais aussi ouvriers du chantier. Le projet articule plusieurs savoirs et plusieurs médiums dans l’idée de créer un écosystème de métiers vertueux. 

Entre manifeste et économie réelle

M.E.G.A. affirme une position : explorer des alternatives matérielles à partir du chantier lui-même, sans externaliser la recherche vers un dispositif purement institutionnel ou financier. Le projet reste volontairement situé, concret, opératoire. Il s’agit d’un design expérimental, mais ancré dans le sol et dans les conditions concrètes de production.

Parallèlement, certaines pièces produites sont présentées et vendues en galerie afin de générer les ressources nécessaires à la poursuite du travail. M.E.G.A. circule ainsi entre chantier, exposition et économie de l’art.

Le projet bénéficie d’une bourse pour une exposition au Pavillon de l'Arsenal et reçoit plusieurs distinctions, dont FAIRE Paris en 2021 ce qui permet de faire avancer l’expérimentation. 

Un principe reproductible

M.E.G.A. n’est pas seulement une série d’objets en argile. C’est la formalisation d’un principe : considérer le chantier comme une plateforme de production potentielle et non uniquement comme un lieu de consommation de matériaux.

En transformant un déblais en ressource locale, le projet met en évidence que la notion de déchet dépend d’un cadre économique et organisationnel. Modifier ce cadre permet de modifier la valeur.

M.E.G.A. propose ainsi un modèle de design expérimental capable de s’insérer dans un chantier réel, d’en accepter les contraintes et d’en révéler les potentiels. Un bel exemple d’œconomie.