Projet

Casse Dalle

Plasticités > La plasticité relationnelle > Casse Dalle

Titre
Jardins Suspendus | 2021

îlot de wand | 2024–2025

Casse Dalle | 2025

Designer(s)

Collectif Dallas avec collectif Yakafokon, 21 solutions, Giulia Cavallari, club jeunesse des marolles, latitude platform (Jardins Suspendus)

Localisation
Bruxelles - Molenbeek-Saint-Jean - Laeken

Photographie
Cinzia Romanin, Nicolas Robert, Collectif Dallas

Plasticités > La plasticité relationnelle > Casse Dalle

Titre
Jardins Suspendus | 2021

îlot de wand | 2024–2025

Casse Dalle | 2025

Designer(s)

Collectif Dallas avec collectif Yakafokon, 21 solutions, Giulia Cavallari, club jeunesse des marolles, latitude platform (Jardins Suspendus)

Localisation
Bruxelles - Molenbeek-Saint-Jean - Laeken

Photographie
Cinzia Romanin, Nicolas Robert, Collectif Dallas

PlastiCités > La plasticité œconomique

> Casse Dalle

Déminéraliser par l’action : rencontre avec le Collectif Dallas

Rencontrer Salomon, du Collectif Dallas, c’est entrer dans une pratique où le projet n’attend ni cadre idéal ni commande parfaitement balisée pour exister. Basé à Molenbeek, commune jouxtant Bruxelles et traversée par une forte dynamique associative et citoyenne, le collectif s’est installé là à la suite d’un appel à candidatures pour le partage d’un atelier communal, qu’ils remportent. Un point d’ancrage modeste mais stratégique, au cœur d’un territoire fertile en initiatives. Collectif Dallas est aujourd’hui composé de deux personnes, bientôt trois, et revendique une manière de faire où le dessin et la construction ne sont jamais dissociés.

Architectes de formation, ils pratiquent un décloisonnement disciplinaire assumé. Aucun projet ne se fait seul : les compétences s’agrègent au fil des situations, des rencontres, des besoins. Cette posture ouverte irrigue l’ensemble de leur travail, et notamment leur réflexion au long cours sur la déminéralisation des sols urbains, développée par une série de projets successifs, parfois discrets, parfois conflictuels, toujours expérimentaux.

Après-Covid : premières extractions, premiers gestes

Le premier projet de déminéralisation naît dans un contexte contraint : celui de l’après-Covid. Il s’agit alors d’aménager une terrasse afin de respecter les normes de distanciation sanitaire. Plutôt que d’ajouter du mobilier ou des dispositifs temporaires standardisés, Collectif Dallas choisit d’intervenir directement sur le sol. Des carottes de béton sont extraites, puis réutilisées in situ pour former des assises. Ce geste d’extraction est pensé comme une véritable archéologie des sols : il permet de visualiser les différentes strates de minéralisation accumulées au fil du temps, de lire l’histoire constructive du lieu et de rendre visible la rupture progressive entre le sol urbain et le sol naturel. Le sol devient alors à la fois matière première, support d’usage et objet de récit.

Ce projet, volontairement peu médiatisé et absent de leur site, agit comme un laboratoire. Il inaugure une manière de faire : intervenir par soustraction plutôt que par ajout, révéler ce qui est déjà là, et tester de nouveaux rapports entre sol, corps et usages. La déminéralisation n’est pas encore un manifeste, mais déjà une méthode.

Jardin Suspendu (2021) : tout réemployer, tout tester

En 2021, avec le projet Jardin Suspendu, le collectif pousse plus loin cette logique. Installé devant le Palais de Justice de Bruxelles, le projet prend la forme d’un ensemble de bancs et de dispositifs d’assise. L’intégralité du béton extrait du sol est réemployée sur place, sans apport de matière extérieure. L’idée est à la fois simple et radicale : transformer une surface minérale en un lieu de pause et d’usage, et observer comment le végétal peut s’installer et survivre dans un contexte urbain dense, fortement traversé par les habitants. Le projet se veut expérimental, vivant, évolutif.

Malgré la validation initiale de la Ville de Bruxelles, le projet se heurte à la rigidité des Architectes des Monuments, qui exigent son retrait après seulement cinq mois. Une interruption brutale, vécue comme une frustration, mais aussi comme un révélateur : celui des limites institutionnelles face à des pratiques qui sortent des cadres établis. Jardin Suspendu laisse néanmoins une trace importante dans la trajectoire de Dallas : celle d’un projet qui assume l’incertitude et le droit à l’essai.

Îlot de Wand (2025) : façonner ce que l’on laisse

Il faut ensuite plusieurs années pour que les conditions se réunissent à nouveau. Dallas identifie trois prérequis indispensables à leurs projets :

  • que le site puisse être un terrain de jeu propice à l’expérimentation,

  • obtenir l’accord du propriétaire,

  • et réunir un financement.

Ces trois ouvertures sont rares, ce qui explique les temporalités longues entre les projets.

En 2025, le projet de l’Îlot de Wand voit le jour, avec une idée forte : « façonner ce que l’on laisse ». Situé sur un terrain plat au sein d’un parc, le projet consiste à déminéraliser largement le site tout en faisant avec l’existant. Ici, la déminéralisation change d’échelle et devient un véritable projet d’aménagement urbain. Il ne s’agit plus seulement d’objets ou de micro-interventions, mais d’une réflexion sur le devenir d’un site, sur les traces que l’on accepte de laisser, et celles que l’on choisit de transformer. Certaines zones de béton sont volontairement conservées au sol pour structurer les cheminements, dessinant des parcours à partir de ce qui est déjà là plutôt que de l’effacer totalement.

Casse Dalle (2025) : l’objet, la friche, le lien

En parallèle de l’Îlot de Wand, Dallas développe le projet Casse Dalle, à Molenbeek. Deux réflexions se déploient simultanément : d’un côté, l’aménagement urbain à grande échelle ; de l’autre, une approche plus située, presque domestique, autour de l’objet et du sol.

Sur ce site en friche, l’équipe choisit de laisser vivre ce qui est déjà présent : plantes spontanées, usages informels, dynamiques existantes. Le projet consiste d’abord à ouvrir le sol, puis à réutiliser les chutes et fragments de béton extraits pour fabriquer des assises. Mais le contexte industriel passé du quartier impose une vigilance extrême : certains sols sont fortement pollués. La déminéralisation se fait alors au mètre près, avec une connaissance fine du terrain.

L’objectif est de libérer cette allée très minérale afin de laisser la nature reprendre place progressivement. Pour contourner la pollution tout en créant du lien, Dallas installe un potager hors sol. Plus qu’une source de nourriture, ce potager devient un vecteur social. Des ateliers s’y développent : teinture naturelle, moments collectifs, transmissions de savoir-faire. Chaque mois, la « soupe du potager » rassemble les habitants, prolongeant le projet bien au-delà de sa matérialité.

Une autre manière de faire ville

Avec le studio Casse Dalle, Dallas revendique une posture à contre-courant des logiques de rentabilité classiques de l’architecture et du design. Ils se nourrissent volontairement de sujets hétérogènes, refusant l’hyper‑expertise. « Nous ne sommes experts en rien », disent-ils, pour mieux affirmer une liberté d’action.

Leur philosophie est claire : faire différemment, ouvrir des voies nouvelles, et défendre un droit à la ville pour toutes et tous. Une manière de sortir des images convenues du « design responsable », trop souvent réduit à quelques objets en bois standardisés dans des tiers-lieux. Chez Collectif Dallas, la déminéralisation est avant tout un processus politique, social et spatial, ancré dans l’urgence, la spontanéité et l’expérimentation.

C’est précisément ce qui résonne avec notre propre intérêt pour un « ministère de l’Urgence » : une pratique capable d’agir vite, avec peu, mais toujours avec attention, engagement et sens du commun.