Projet
Ma'an
Construire l’urbanité en situation d’exil
Le projet MA’AN interroge le rôle du design et de l’espace face aux crises migratoires contemporaines. Partant d’un constat fort - la déshumanisation progressive des camps de réfugiés, pensés pour l’urgence mais installés dans la durée - le projet pose une question centrale : comment créer de véritables espaces de vie pour des personnes fuyant des pays en conflit ?
MA’AN s’inscrit dans une critique du camp comme simple dispositif logistique, organisé par blocs et abris, laissant peu de place à l’urbanité, aux usages partagés et à l’ancrage. Or, la réalité est connue : la durée moyenne passée dans un camp de réfugiés est d’environ 17 ans. Le temporaire devient permanent, sans être pensé comme tel.
Le projet propose alors la création d’une place multi-usages, cœur spatial et social du camp. Un lieu capable d’accueillir des fonctions essentielles - point d’eau, abri, rafraîchissement - mais aussi des usages collectifs : se rencontrer, débattre, jouer, se reposer. Cette place devient un outil de recomposition du lien social et un premier pas vers une forme d’urbanité.
Au cœur de MA’AN se trouve une démarche de construction collaborative. Les habitants participent à la programmation du lieu, à la fabrication de briques de terre comprimée (BTC) et à la construction elle-même. Le projet met en place une notice de co-construction, l’élection d’équipes de maintenance et une gouvernance locale, permettant aux habitants de passer d’un « camp mou » à un « camp dur », plus stable et appropriable.
MA’AN ne propose pas un modèle figé, mais une méthode évolutive, mobilisant urbanistes, architectes, ethnologues, ONG et chercheurs. En redonnant aux habitants un pouvoir d’agir sur leur environnement, le projet affirme que l’espace peut devenir un levier de dignité, d’ancrage et de reconstruction collective, même en contexte d’exil.






