Projet

Intensiscore

Plasticités > La plasticité relationnelle > Intensiscore

Titre
Intensiscore

Designer(s)
Vraiment Vraiment
En partenariat avec
Eleonore Slama

Localisation
France

Illustrations
Vraiment Vraiment

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Intensiscore

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Vraiment Vraiment
En partenariat avec
Eleonore Slama

Localisation
France

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PlastiCités > La plasticité technologique

> Intensiscore

Intensifier plutôt que construire
À l’origine de la réflexion se trouve un constat simple et radical : chaque mètre carré construit, rénové, chauffé ou entretenu a un coût carbone. 

Dès lors, la véritable performance écologique d’un bâtiment ne réside pas uniquement dans sa technicité, mais dans son usage réel. Un bâtiment peu utilisé, même performant sur le papier, demeure un non-sens écologique.

C’est autour de cette idée fondatrice que s’est structurée une démarche transversale sur l’intensification des usages, appliquée aussi bien aux bâtiments publics qu’aux immeubles privés. Cette réflexion a d’abord pris la forme d’un plaidoyer, avec la publication d’un article fondateur sur la nécessité de penser le calendrier d’usage des bâtiments au-delà du simple plan architectural. Comment un lieu est-il occupé dans le temps ? Quels espaces restent vides le soir, le week-end ou pendant les vacances ? Et surtout, comment révéler ces potentiels inexploités ?

Un outil pour rendre visible l’invisible

De cette première prise de position est née une mission de recherche et de conception menée sur six mois, réunissant collectivités, acteurs publics et privés, et designers. Vraiment Vraiment y a joué un rôle central, en apportant une approche de design d’usage et d’ergonomie appliquée à des enjeux habituellement traités de manière très technique.

L’un des résultats majeurs de ce travail est le développement d’un outil de diagnostic simplifié : l’Intensiscore. Pensé comme une interface accessible, il permet en une trentaine de minutes d’évaluer le taux et la qualité d’usage d’un bâtiment. Là où les indicateurs énergétiques traditionnels restent souvent opaques pour les non-spécialistes, l’Intensiscore traduit des données simples - surfaces, horaires, nombre d’usagers - en une lecture compréhensible et actionnable.

L’objectif n’est pas de produire une expertise lourde, mais d’offrir un premier révélateur : identifier les zones sous-utilisées, les temps creux, et ouvrir la discussion sur des usages partagés ou élargis. Bureaux désertés le vendredi, cantines scolaires utilisées quelques heures par jour, équipements publics fermés une grande partie de la semaine : autant de situations où l’intensification peut devenir un levier écologique, économique et social.

De l’outil au guide d’action

Cette démarche s’est prolongée par la rédaction d’un guide d’usage, élaboré avec plusieurs contributeurs, notamment des spécialistes de la réversibilité des bureaux. Le guide adopte une posture volontairement pragmatique : plutôt que de prescrire de lourdes transformations, il explore ce qu’il est possible de faire « tout de suite », à partir de l’existant.

Comment élargir les usages d’un bâtiment sans engager de rénovation majeure ? Comment mutualiser des espaces déjà chauffés, entretenus et financés ? Le guide propose des pistes concrètes, applicables rapidement, et insiste particulièrement sur les équipements publics — écoles, collèges, bibliothèques, cantines — où les enjeux d’intensité d’usage sont massifs mais encore peu visibles.

Les freins : gouvernance, réglementation, responsabilité

Si l’intensification des usages apparaît comme une solution évidente, sa mise en œuvre se heurte à de nombreux freins. Les cadres réglementaires, les responsabilités juridiques et les modes de gestion existants créent une forte inertie. Ouvrir une école à des usages périscolaires, par exemple, soulève immédiatement des questions de sécurité, d’assurance et de responsabilité pour les directions d’établissement.

À cela s’ajoute la complexité de la gouvernance : partager un espace suppose de fixer des règles, d’organiser la cohabitation et d’anticiper les conflits d’usage. Comme dans une colocation, les bénéfices de la mutualisation sont réels, mais ils nécessitent un cadre clair et évolutif. C’est ici que le design social, l’écriture de règles et l’ingénierie de la gouvernance deviennent des leviers essentiels.

Vers de nouvelles pratiques plutôt que de nouveaux métiers

Plutôt que de créer de nouveaux métiers, la démarche défendue par Vraiment Vraiment interroge l’évolution des rôles existants. Directeurs d’école, gardiens, gestionnaires d’équipements : autant de fonctions déjà au cœur de la gestion quotidienne des lieux, et qui pourraient intégrer ces nouvelles logiques d’usage.

Dans un contexte de forte contrainte budgétaire, notamment pour les collectivités, l’intensification des usages apparaît comme une alternative crédible à la construction de nouveaux équipements. Elle implique toutefois une transformation culturelle : passer d’une logique de bâtiment dédié à une logique de lieu ouvert, partagé, et appropriable.

Une démarche systémique et politique

Le projet porté par Vraiment Vraiment s’inscrit à la croisée du design, de l’écologie et de l’organisation collective. Moins spectaculaire que des projets architecturaux iconiques, il agit en amont, sur les structures invisibles qui conditionnent l’usage des espaces. En rendant lisibles les potentiels d’intensité, il ouvre un champ de décisions politiques, juridiques et sociales.

Loin d’être isolée, cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large, nourri par des collectifs, des chercheurs et des praticiens qui interrogent depuis plusieurs années la gouvernance des communs, la réversibilité des bâtiments et la frugalité constructive. 

Si le déploiement opérationnel reste dépendant des contextes politiques, la dynamique semble désormais difficilement réversible : face aux crises écologiques et économiques, mieux utiliser l’existant n’est plus une option, mais une nécessité.